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Trilingue 28/09/2017

 
 
 
Mes mots sont français,
Mes idées sont martiennes,
Ma grammaire est arabe,
Ma culture est un mélange de couleurs méditerranéennes,
Le tout s'est américanisé à coups médiatiques.
 
Alors ne m'en veux pas,
Quand mes expressions françaises semblent exotiques
À tes oreilles québécoises,
Et quand tu constates que je ne connais pas le vocabulaire local.
Tu comprendrais, peut-être, et tu sourirais plus ironiquement,
Sûrement, si tu voyais les va-et-vient dans mon esprit
pour traduire mon langage étrange ;
Du sale travail d'interprète
Que je me tape en temps réel
Prise d'assaut, d'une remarque déplacée
D'un coup de seringue bien maniée
Je dois composer avec ce tas de chaos
 en l'espace d'une seconde
Une réponse cohérente.
 
Je te vois effarouché, les yeux à l'affût d'une erreur,
D'un déréglement qui te conforterait dans tes préjugés.
Je te prête mes trois langues,
Mon cerveau bilingue et ma culture hétéroclite, bizaroide
pour un jour,
Et tu me diras ce que tu en penses,
 tu souriras peut-être moins.
 
Mais tâche de me les rendre ils me sont si précieux
Sans eux, je n'aurais qu'une seule langue, orpheline,
et mon monde serait trop stable,
J'en perdrais mes paradoxes et mes antres
j'en ai besoin, vois-tu, de ce foisonnement
de cette ivresse
de devoir me risquer sur mes aller-retour.
 
 
 

Tags : Trilingue

L'Une ou l'Autre 26/09/2017

C'est dans les pires moments que l'on reconnaît nos torts
Parce que tout est là, au fond de l'abime appelé soi.
 
Deux faces en moi se donnent la guerre
elles s'empoisonnent depuis une trentaine
et qu'il est temps de me défaire de l'une d'elles.
Parce que nous en souffrons, elle et moi,
Parce que j'ai mal quand elle me regarde profondément
Quand elle remue son couteau dans mes plaies d'avant
Et qu'elle gronde en moi l'enfant.
Je suis l'une, et parfois l'autre.
Je ne peux oublier le mal que « je » me fais
Parce que ma peau en garde les plaies,
Chaque fois que ses doigts passent sur la surface déformée
Des séquelles qui n'ont jamais cicatrisées
D'une peau qui n'a jamais compris pourquoi on la blessait
Un ouragan de colère me ravit
Et mon esprit me reprend...Attends
Il me souffle que rien n'est grave
Que c'est le passé et qu'il ne peut plus me rattraper.

Mais de l'autre côté, dans ma mémoire,
Les fenêtres s'ouvrent, violemment,
et le vent de ses paroles renverse tout, remue les feuilles mortes
et les reliques poussiéreuses, remet devant mes yeux des images
ensanglantées, un visage tant aimé, Les souvenirs d'une ado volage
Le tourbillon de ses mots m'emporte et me fait tourner dans ce tas de chaos
Des heures, je me perds, ma mémoire défaille, voyant mon mal
elle cherche à s'effacer... trop tard.

Puis l'ouragan me lâche dans les airs
me lance à terre,
me laissant dans un tourment sans trêve.
Parce que je ne suis pas comme les autres
mais je ne vaux pas mieux
Parce que je n'aime pas leurs regards lorgneurs
et leurs langues de sables,
Parce que je suis encore forte
Malgré les pleurs de cette fillette fragile,
Parce que je n'aime pas qu'ils la heurtent
Et qu'il que leurs langues l'atteignent dans les ténèbres.
Parce que je n'aime pas ceux qui, comme moi, ne peuvent m'aimer...
Parce que j'envie les plus beaux
mais je ne travaille pas assez pour faire comme eux
Parce que je laisse échapper le temps,
Je fais fouir les autres et je me cache là à maquiller mes plaies
A me mentir...seule et sans remords
Parce que je finis par m'énerver
Quand je vois que jamais elles ne seront camouflées.
Parce que les autres ne sont pas dupes et parce qu'ils voient :
Qu'il manque en moi l'humain,
Que mon âme est souffrante,
que mon âme est souffrante, seule et passive
et qu'elle ne peut être accompagnée.
Parce que c'est à moi la faute
Et que je ne sais pas comment m'en sortir
Parce que j'en ai trop fait, ou que je n'ai rien fait
Qu'est-ce que j'en sais ?
Parce que tout mon mal est là.
Je ne fais qu'exister, survivre, et rien ne me tente.
Parce que je suis dans un antre d'où l'on ne sort pas vivant
Et dont je n'ai même pas les clés...
Parce que je veux être sauvée,
Et que personne ne peut me sauver,
Parce que je ne vaux pas la peine,
M'a-t-elle dit une fois,
Me dis-je souvent.
 

Parce que cet encre est le seul remède qui me reste,
et parce qu'il m'échappe
me coule entre les doigts
se moquant de moi parfois
de mes mains incapables de bien le façonner...

Amira Ben Rejeb

Tags : Double - soi-même comme un autre - Reflets - Poème en prose

La liberté au Féminin 26/09/2017

La liberté au féminin


D'après le sociologue français Pierre Bourdieu, être une femme implique d'avoir des qualités de « féminité » et se soumettre, consciemment ou pas, à ce que les hommes attendent de nous en tant que femmes. Bourdieu étudie la question de la domination masculine dans la société... Mais faut-il être sociologue pour comprendre comment fonctionne la domination masculine ? Quand on parle de « féminité » on s'entend bien qu'elle englobe une panoplie de qualités autant morales que physiques. Ces qualités, analysées en profondeur, paraissent d'ordre subalterne dans la société d'aujourd'hui (et de toujours) basée sur l'action, l'intelligence et la vigueur.
Autour de nous, au quotidien et dans les médias on peut voir qu'il existe un mode de différenciation relationnelle qui est à l'origine de la domination masculine, et qui est devenu tellement familier qu'il passe pour « naturel ». Et c'est ainsi que les propriétés corporelles arbitraires et non-prédictives (comme le sexe et la couleur de peau) sont mises au profit d'un processus de socialisation du biologique et de biologisation du social.

En acceptant ces qualités Il n'est pas étonnant que les femmes acceptent d'être traitées en objets d'échange dans ce que Bourdieu appelle le marché des biens symboliques et ce même dans les classes sociales supposées être arrivées à un haut de degré d'émancipation. Les femmes sont confinées au domaine du privé, et elles n'y sont que des objets et des instruments dans le marché des bien symboliques. L'institution matrimoniale est le dispositif central de ce marché ; même dans la haute bourgeoise, le mariage demeure l'espace qui permet d'augmenter et de conserver son capital social et symbolique à travers des alliances de prestige, réduisant les femmes à l'état d'objets d'exhibition ou de médiatrices. Elles sont exclues des valeurs d'honneur et de virilité qui constituent le principe de tout pouvoir dans la société patriarcale masculine. On s'attend à ce qu'elles aient des capacités comme l'intuition et la séduction qui exigent une attention et un dévouement absolus, et qui incombent au sexe faible et aux domestiques. Parmi les notions que Pierre Bourdieu décortique afin d'accéder aux prescriptions et proscriptions inscrites dans les attentes collectives (expression empruntée à Max Weber) on retrouve la notion de « vocation ». Il décortique la notion de « vocation » qui comprend une libido socialement sexuée en contact avec l'institution. On attend des femmes qu'elles travaillent, mais dans un cadre qui ne menace pas l'autorité masculine, elles peuvent être hôtesses, secrétaires, infirmières etc., tout en restant dans des postes inférieurs. Bourdieu analyse l'idée même qui voue les hommes à des disciplines scientifiques, militaires, politiques et les femmes à des postes secondaires qui ne requièrent pas de valeurs « masculines » :

La logique, essentiellement sociale, de ce que l'on appelle la 'vocation' a pour effet de produire de telles rencontres harmonieuses entre les dispositions et les positions qui font que les victimes de la domination symbolique peuvent accomplir avec bonheur [...] les tâches subalternes ou subordonnées qui sont assignées à leur vertus de soumission, de gentillesse, de docilité, de dévouement et d'abnégation. (p. 64).

La séduction est une forme de reconnaissance de la domination qui renforce la domination symbolique. Du fait que les femmes sont habiles à séduire, elles sont considérées comme un corps-pour-autrui d'où résulte ce que Bourdieu appelle « les actes inconsciemment discriminatoires contre les femmes » comme la facilité du toucher, faire des remarques sur la coiffure ou la tenue vestimentaire de la femme. La violence symbolique engendre ainsi des actes qui contribuent à construire la position diminuée des femmes. Cette domination connue et reconnue par les femmes se somatise dans plusieurs actes inconscients comme l'embarras pour prendre la parole, le rougissement en public, etc. Bourdieu montre à travers le témoignage de J. Morris l'apparition d'une « impuissance apprise » mise en œuvre par le changement des dispositions consécutives au changement de sexe. Dans le second chapitre, une sous-partie intitulée l'être féminin comme être-perçu peut mener à plusieurs analyses et recherches sur la représentation de la femme dans les médias, au cinéma, dans la littérature et même en politique. (Quand Michèle Obama et Sophie Grégoire Trudeau font leur apparition lors de la rencontre des deux hommes politiques en mars 2016, les principaux articles concernaient les robes portées par les deux premières dames du Canada et des Etats-Unis.) Et malgré les commentaires de féministes qui pensent qu'il y a bien plus important à commenter que les robes de haute couture, le phénomène a tout de même persisté dans la rencontre de Kate Middelton et Sophie G. Trudeau en septembre 2016. On retrouve un article dans le Huffington Post qui parle de la tenue des deux dames . Là, on n'est plus dans la société kabyle mais dans la sphère politique de deux pays qui ont depuis longtemps aboli les lignes de démarcation mystique entre les hommes et les femmes. Tout cela se résume dans la phrase clé de Bourdieu dans son ouvrage La domination masculine: «Tout dans l'habitus féminin [...] concourt à faire de l'expérience féminine du corps la limite de l'expérience universelle du corps-pour-autrui ». (p. 70) Il y a parfois bien plus à comprendre à travers des situations qui ne théorisent pas mais racontent ou transposent des situations réalistes.
En prêtant attention à ce qui se produit tous les jours autour de nous, on peut reconnaître qu'il existe bel et bien « une division sexuelle du travail de production et de reproduction biologique et sociale qui confère à l'homme la meilleure part. » (p. 39).

Poupée Voodoo- Publié chez La Bonante 25/09/2017

 


Perdre le Nord

Des serpents au la-la land
Tiennent la terre par les couilles
Ils lui soufflent de se mouver sous mes pieds
De me faire perdre la tête et l'équilibre...
La couronne que tu as mise sur ma tête, tremble...
Une morsure ne fait pas si mal
C'est la peur de tomber qui me donne ce vertige
Rien que la peur!
Mais je suis une louve,
J'en tire plaisir
Dois-je m'abandonner entre leurs langues?
Dois-je me faire à leurs dents?
Dois-je abandonner ce délicieux balancement?
Ils m'achèvent maman
J'en suis certaine,
Je suis allée si loin pour une petite poupée
Et je n'étais pas prête pour les combats.
J'ai très tôt perdu
Mon lit,
Mon père
Mon coeur,
Mon droit de choisir,
D'aimer...
Et j'ai longtemps dansé
Dans le linceul qu'ils m'ont fait
étourdie par le vin mauvais.
J'attendais une main, un bras, une voix,
Mais la tienne grondait comme le tonnerre,
Comment aurais-je pu la suivre?
Pardonne mes danses morbides
Pardonne ces morsures dans mes talents
Pardonne-moi mes excès de zèle,
Mes départs joyeux et mes retours tristes...
Je ne suis rien
Qu'une poupée Voodoo !

Tags : Poupée vaudou. - poésie contemporaine - Poème en prose - la bonante

Poème en prose, en arabe 25/09/2017

 

En hommage d'une amourette de vacances, en hommage à cette période de l'année (en Août) où les passions brulent comme un soleil diffusé dans les veines.